COMMENT HABITER ?

COMMENT HABITER ?

La réponse à cette question est désormais la définition du projet qui nous réunit. En effet “l’habitabilité de la terre” est engagée par nos choix de modes de vie et, en conséquence, nous devons ré-évaluer nos manières d’être à partir des possibilités existantes liées aux limites planétaires pour que chacun puisse continuer à habiter.

Alors comment habiter autrement ?

PAR FLORENCE SARANO
YVANN PLUSKWA + JORDAN SZCRUPAK

ENSA MARSEILLE


CONTENU

OBJECTIFS DE L’ATELIER
DÉMARCHE DE RECHERCHE-ACTION-PROJET
HYPOTHÈSES DE TRAVAIL

Considérant ces crises que doivent et devront encore davantage affronter les jeunes dans l’avenir, l’école devient plus que jamais responsable de développer leur pouvoir agir.

Comment réaliser le projet d’habiter autrement ? Cela implique-t-il de concevoir autrement ? Comment tenir compte des limites planétaires ? Faut-il redéfinir l’acte de bâtir ? Face aux incertitudes et aux crises comment évaluer les projets ? Comment participer en tant qu’architecte participer à ces enjeux en déployant nos imaginaires ? Quels savoirs, savoir-faire et savoir-agir développer dans les formations ? Quelles sont nos références en termes d’architecture ? Quels outils projectuels déployer ? Quels espaces et quelles matérialités explorer ?

Afin de répondre à ces questions l’atelier

  1. ENGAGE UNE DÉMARCHE SINGULIÈRE DE RECHERCHE-ACTION-PROJET, qui se déroule hors-les-murs, pour explorer, imaginer et proposer d’autres modes d’habiter. À la rencontre des territoires et de leurs habitants, élus, acteurs institutionnels et associatifs. Finalement questionner les rôles des architectes et ouvrir d’autres horizons.
  2. DÉVELOPPE DES HYPOTHÈSES THÉORIQUES ET DES OUTILS SPÉCIFIQUES chaque année pour produire des connaissances et les faire évoluer dans les projets.
  3. IMAGINE DES PROJETS DE DIFFÉRENTS TYPES : prospectifs, critiques, possibles, déclinables.
  4. ASSURE UNE LOGISTIQUE pour rencontrer, partager, diffuser et constituer des savoir-agir.

LA DÉMARCHE SINGULIÈRE DE RECHERCHE-ACTION-PROJET ET LES HYPOTHÈSES DE TRAVAIL

La démarche se structure en cinq actions qui engendrent chacun des hypothèses de travail développées dans les projets.

1. Connaitre les interactions et les interdépendances avec les milieux vivants pour imaginer des synergies vertueuses.

Cette conscience des milieux vivants est fondée sur la connaissance de leur trajectoire et de leurs rythmes de vie. (le socle, le sol et les sous-sol, le relief + les écosystèmes + l’eau, rivières, bassins versants + le vivant + les temporalités rythmes et transformations + les impacts des activités humaines.)

Comment avec ces connaissances, concevoir des projets qui sont autant d’opportunités de créer coalitions, coopérations, associations, et accompagner les changements climatiques en respectant les conditions nécessaires à la vie ?

Nous avons donc choisi d’investir les territoires ruraux et notamment les Parcs naturels régionaux pour se situer dans la longue histoire de la transformation des milieux par les êtres humains avec l’agro-sylvo-pastoralisme, les constructions vernaculaires (utilisant les ressources locales et particulièrement adaptés conditions climatiques), tout en développant une attitude frugale et de multiples déclinaisons suivant les lieux.

HYPOTHÈSES DE TRAVAIL

+ Développer les synergies entre forêts cultivées et espaces agricoles + Décliner les lisières espace bâtit-milieux naturels + les risques liés à l’eau (inondations et sécheresses) et aux incendies comme opportunité de projets + L’entretien des milieux et leur accompagnement dans les changements climatiques en lien avec le développement de filières de matériaux (circuits courts) + travailler sur des matérialités issues du territoire et non banalisés + l’autonomie alimentaire comme espaces de vie + concevoir des projets qui offrent des expériences renouvelées individuelles et collectives des milieux et de leurs rythmes.

« L’éducation basée sur l’influence du lieu dans lequel se développe la vie s’impose fatalement à tous les organismes. Seul l’homme moderne a cru à la possibilité d’arriver, en dehors de cette influence, à ce qu’il appelle l’éducation. »

Barker Mabel

2. Re-définir le projet d’habiter comme une question globale en apportant des réponses locales et transcalaires, dans une vision biorégionale.

Si la question des modes d’habiter se joue dans une interdépendance globale, c’est depuis le niveau local que nous développons nos hypothèses en prenant en compte une vision transcalaire du projet. Le croisement d’échelles fonde l’intérêt de chaque projet et constitue des critères d’évaluation. Nous investissons des situations très locales dans le département du Var pour le resituer dans une biorégion à la manière des territorialistes.

HYPOTHÈSES DE TRAVAIL

+ Penser et mesurer les projets dans leurs impacts transcalaires + travailler chaque édifice avec ses espaces publics, ses ménagements paysagers + s’inscrire dans les itinérances existantes et ou a développer et relier les projets + Décliner les principes de chemins d’interprétation.

3. Se situer Hors-les-murs pour s’immerger afin de rencontrer, écouter, repérer les richesses et les conflits, partager, restituer les projets et y revenir s’immerger pour laisser de nouveaux récits.

Faire l’épreuve physique, intime, des milieux, des lieux et des changements d’ambiances. Associer ces expériences à la volonté de rencontre des habitants et des acteurs institutionnels pour écouter et questionner afin de découvrir les richesses mais aussi les conflits qui sont des opportunités de projets. Pour cela expérimenter tout autant la posture du flanneur afin de percevoir l’inattendu, que celle de l’expert qui sait ce qu’il recherche (patrimoine, bassins versants, techniques constructives…). Vivre le changement de son premier regard sur le territoire avec les discours des spécialistes, les récits des habitants, tous rencontrés in situ. Nous développons le principe de l’écoformation et les savoir-sensibles. C’est ce que nous définissons comme l’immersion est à la fois démarche pédagogique mais aussi de projet et de recherche.

Finalement partager et développer son regard critique avec le groupe de l’atelier pour co-construire des savoirs expérientiels et des savoirs situés. Habiter, résider, rester dans les lieux et susciter l’intérêt pour notre démarche et nos rôles.

HYPOTHÈSES DE TRAVAIL

+ identifier les savoir-faire, savoir-habiter et savoir-être pour penser des modes constructifs frugaux et activer des filières locales innovantes + re-connaitre le patrimoine existant y compris banal pour innover + développer des scénarios pour le futur afin d’ouvrir des perspectives à partager et d’autres récits.

4. S’approprier les théories et les expériences sur l’habitabilité en associant méthodologies de recherches, pratiques professionnelles et pédagogie. En conséquences penser autrement les étapes du projet et le considérer comme possible producteur de connaissances.

Comment faire face aujourd’hui aux enjeux sans interroger et renouveler les synergies entre les trois pratiques : la recherche, la pédagogie et les métiers de l’architecture ? Cette alliance à un double intérêt : les méthodes de travail propres à chacun et les connaissances produites / projets réalisés. C’est la notion de projet qui est ainsi réinterrogée.

La volonté de développer le format singulière de la recherche-action-projet est un moteur de l’atelier. Nos contributions à des colloques, tables-rondes, conférences, mais aussi publications d’articles scientifiques et notre inscription dans des laboratoires et des réseaux de recherche nourrissent la démarche de l’atelier. De plus les publications et la mise en ligne des travaux de l’atelier permettent une diffusion de la production et de la démarche.

Notre inventaire d’expériences locales et de publications de chercheurs s’enrichissent mutuellement.

Cette synergie se déploie aussi avec l’interdisciplinarité de l’équipe est pour nous une condition de chaque projet. Elle interroge les modalités des interfaces entre disciplines et le partage de savoirs. Elle nous permet également d’intégrer d’autres outils d’analyse et de représentations, enrichissants notre capacité de conception.

HYPOTHÈSES DE TRAVAIL

+ développer le principe de territoires apprenants avec des projets pilotes, leviers, expérimentaux + décliner les notions de soin et de ménagement dans les projets + Proposer des programmations hybrides pour réunir apprendre, fêter, accueillir et expérimenter d’autres modes d’habiter.

5. Redéfinir les rôles des architectes en élargissant leur culture.

Les évolutions des rôles des architectes aujourd’hui sont liées à la question de l’habitabilité et impliquent une éthique des pratiques autant que de l’engagement. C’est souvent dans les territoires ruraux que se développent des pratiques différentes.

Nous explorons à partir de ces exemples quelles sont les conséquences sur la formation des architectes qui ont toujours été dans leur histoire avec leur culture de la conception et de l’édification des acteurs essentiels des modes d’habiter. Nous développons donc plusieurs niveaux de savoirs : savoirs + savoir-faire + savoir-être + savoir-sensibles + éco-savoirs + savoir-agir

HYPOTHÈSES DE TRAVAIL

+ penser le projet en termes d’accompagnement + proposer d’autres formats de commande + redonner sa place à la médiation + contribution des écoles d’architecture aux questions d’habitabilité

LA LOGISTIQUE

De la première immersion pour éprouver et rencontrer à la dernière les étapes de l’atelier pour restituer aux acteurs institutionnels, associatifs et aux habitants la logistique est portée collectivement par l’équipe.

L’organisation de marches collectives dans le territoire, de tables rondes et d’une grande exposition au cœur du village rythme la production et permettent aux étudiants de se retrouver en situation de développer de multiples savoir-agir et d’agir collectivement en équipe tout en prenant alternativement des responsabilités.

Cette logistique s’inscrit dans un large réseau d’acteurs locaux qui constituent aussi notre écosystème avec les laboratoires de recherche, les chercheurs et les réseaux scientifiques. > Suite


Il y a une invitation à agir inhérente aux images d’architecture, le moment de la rencontre active, ou “une promesse de fonction” et de but. (…) C’est cette possibilité d’action qui distingue l’architecture des autres arts. 

J. Pallasmaa, 2005