LES POSSIBILITES D’UNE ÎLE

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Des projets d’architecture difficilement réalisables, on dit souvent qu’ils sont utopiques. Ce sont souvent des projets décalés par rapport à la demande du marché. Cette différence entre utopie et décalé est importante. Cette différence est peut être celle entre pessimisme, qu’on peut relier à l’idée d’utopie et optimisme, auquel sans doute sont tenus les architectes, dans la mesure ou leur rôle est de trouver des solutions.

L’utopie est une île, historiquement et spatialement.Une île est un lieu clos: accès contrôlé et fonctionnement autarcique. On s’y met à l’abri, à l’écart du reste du monde. Dans le fond, cela veut dire que l’on ne peut pas changer le reste du monde. En cela l’utopie est pessimiste. Or le projet d’architecture ce n’est pas se mettre à l’abri. Au contraire, le projet, c’est trouver la manière de « continuer le monde ». Le sujet de l’architecture, ce n’est pas l’île, mais les relations entre les choses, c’est construire l’archipel. Luca Merlini, L’île d’utopie et les archipels du projet.

LES POSSIBILITÉS D’UNE ÎLE : TERRITOIRES EXEMPLAIRES ?

Étudier les îles est l’opportunité de travailler sur des territoires dont les limites sont parfaitement connues et reconnues. De cette condition première de leur existence découlent des questionnements liés à:

– l’identité des habitants versus les visiteurs : (l’isolement / l’accueil) et les possibilités offertes d’imaginer d’autres formes de communautés … auquel se conjugue ce rêve de vivre seul et libre.

Bien loin de s’être dissous sous les coups de la modernité, l’attachement des insulaires pour leur espace vécu reste fort. L’île, pour eux et pour nous, est un géosymbole fondamental. Francoise Perron, géographe.

– l’autonomie ou l’équilibre entre « faire avec » versus « apporter du continent »: (l’autarcie / lien). Par exemple cette autonomie énergétique dont on parle tant aujourd’hui, mais aussi celle de l’eau si importante dans notre région

L’isolement et l’aridité de Psara contraignirent ses habitants à y vivre difficilement mais les ont par là même protégé des convoitises et des envahisseurs. Il ne faut pas qu’une île soit trop riche, sinon elle sera toujours envahie et pillée, ni trop pauvre car il faut pouvoir y manger. Entre les deux se situe cette frontière vitale, fluctuante, qui a tracé pendant des siècles la fortune et l’infortune des îles grecques.

MODÈLES DE PENSÉE

-Les îles ont été également des modèles pour nombre d’utopies, (théoriques et pratiques)

Les limites de cette île de liberté humaine sont dessinées par les situations limites où l’homme fait l’expérience des bornes qui sont directement les conditions de sa liberté et le fondement de ses actes. À partir d’elles, il peut “éclairer” son existence, poser les jalons de ce qu’il peut faire et de ce qui lui est impossible, et accéder ainsi, par-delà le simple “être-résultat”, à une “existence” – (…) pour désigner plus explicitement l’être-homme. Anna Arendt

Robinson Crusoé dans son île, seul, dépourvu de l’assistance de ses semblables et des instruments de tous les arts, pourvoyant cependant à sa subsistance, à sa conservation, et se procurant même une sorte de bien-être. Voilà un objet intéressant pour tout âge, (…) Voilà comment nous réalisons l’île déserte qui me servait d’abord de comparaison. Rousseau

Rêver des îles, avec angoisse ou avec joie, peu importe, c’est rêver qu’on se sépare, qu’on est déjà séparé, loin des continents, qu’on est seul et perdu – ou bien c’est rêver qu’on repart à zéro, qu’on recrée, qu’on recommence. Gilles Deleuze

– Leur mode de fonctionnement est également une manière de voir le mode dans le sens possible, par exemple, d’une organisation du territoire urbain. (cf Koolhaas)

Berlin : un archipel vert (1977) est l’un des plus surprenants manifestes urbains de la fin du 20e siècle. Imaginé par Oswald Mathias Ungers et Rem Koolhaas, ce projet fut le premier à introduire la notion d’archipel dans la sphère de l’urbanisme, et à endosser le phénomène contemporain de la décroissance des villes. Florian Hertweck.

LES PARC NATIONAUX UNE GESTION SOLIDAIRE

– Les Parcs Nationaux ont également été à l’origine portés par une « vision utopique de certains territoire ». (cf lien vers les parcs)

– Les nouvelles orientations solidaires des PN engagent d’autres modes de gestion du territoire qui peuvent servir à imaginer d’autres propositions pour toute la planète. (cf lien vers les parcs)

ILES + PARC NATIONAUX : UN « SYSTÈME LABORATOIRE »

en conclusion l’association des deux peut être particulièrement riche de questionnements et d’enseignements.

La diversité insulaire, reconnue par tous les chercheurs, se retrouve autant dans le domaine de la géographie culturelle et sociale que celui de la géographie physique. L’homme reste dans les îles un acteur majeur. Louis
Brigand

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« Terre isolée de tous côtés par les eaux. Dans les mers, selon la taille, on distingue : les écueils ou récifs, les îlots et les îles proprement dites. Elles sont souvent groupées en archipel, en arc ou guirlande insulaire. Certaines îles servent de support à des flèches littorales, appelées tombolos, queues-de-comète, cayes. » Pierre Georges, Dictionnaire de géographie.